Construire sa maison en Suisse : les 10 étapes clés de votre projet
De l'achat du terrain à la remise des clés, découvrez les étapes essentielles pour construire votre maison en Suisse romande. Délais, coûts, permis et erreurs à éviter.

Construire sa propre maison est l'un des projets les plus importants d'une vie. En Suisse romande, ce processus implique des réglementations spécifiques, des délais qu'il faut anticiper et des coûts qui varient considérablement selon les cantons. Ce guide détaille les dix étapes essentielles pour mener à bien votre projet de construction.
1. Définir votre programme et votre budget
Avant toute chose, il s'agit de poser les bases : combien de pièces, quel type de construction, quel standard énergétique, et surtout quel budget global. En Suisse, le coût de construction d'une maison individuelle se situe généralement entre CHF 2'500 et 4'500 par m² de surface habitable, hors terrain. Ce montant varie selon le standard de finition, la topographie et le canton.
Pensez à inclure dans votre enveloppe budgétaire :
Le prix du terrain (souvent 30 à 50 % du budget total)
Les honoraires d'architecte (environ 10 à 15 % du coût de construction, selon la norme SIA 102)
Les frais de permis, raccordements, géomètre et notaire (CHF 15'000 à 40'000 selon les cas)
Une réserve pour imprévus de 5 à 10 % du budget construction
2. Trouver et acquérir le terrain
Le choix du terrain détermine en grande partie ce que vous pourrez construire. Chaque parcelle est soumise à un plan d'affectation communal qui définit la zone (habitation, mixte, agricole), l'indice d'utilisation du sol (IUS) ou l'indice brut d'utilisation du sol (IBUS), la hauteur maximale et les distances aux limites.
Avant d'acheter, vérifiez impérativement :
La zone d'affectation et les règles de construction applicables
Les servitudes inscrites au registre foncier
L'accès aux réseaux (eau, électricité, eaux usées)
Les éventuelles restrictions (protection du patrimoine, zones de danger naturel, bruit)
Un architecte peut vous accompagner dès cette étape pour évaluer le potentiel constructible d'une parcelle avant l'achat. C'est souvent un investissement qui évite des déconvenues coûteuses.
3. Mandater un architecte
En Suisse, l'intervention d'un architecte est requise pour le dépôt d'une demande de permis de construire dans la plupart des cantons. Au-delà de cette obligation, l'architecte est le chef d'orchestre de votre projet : il conçoit, coordonne les intervenants et veille au respect du budget et des délais.
Les prestations d'architecte sont décrites dans la norme SIA 102, qui définit six phases :
Phase 1 — Définition des objectifs : analyse des besoins, faisabilité
Phase 2 — Études préliminaires : esquisses, variantes, estimation des coûts
Phase 3 — Projet : plans détaillés, devis estimatif, dossier de permis
Phase 4 — Appel d'offres : soumissions aux entreprises, comparaison des offres
Phase 5 — Réalisation : direction des travaux, contrôle qualité
Phase 6 — Mise en service : réception, garanties, documentation
4. L'étude de faisabilité et l'avant-projet
L'étude de faisabilité permet de vérifier que votre programme (nombre de pièces, surfaces souhaitées) est compatible avec les contraintes réglementaires de la parcelle. L'architecte produit ensuite un avant-projet qui pose les grandes lignes du bâtiment : implantation, volumétrie, organisation des espaces.
C'est à ce stade qu'on intègre les exigences énergétiques. Depuis l'entrée en vigueur du MoPEC 2014 dans la plupart des cantons, les nouvelles constructions doivent atteindre un standard équivalent à quasi-zéro énergie pour le chauffage. Concrètement, cela signifie une enveloppe thermique performante et souvent le recours à des énergies renouvelables (pompe à chaleur, solaire, etc.).
5. Le projet détaillé et le dossier de permis
Une fois l'avant-projet validé, l'architecte développe le projet détaillé : plans d'exécution, coupes, façades, détails techniques. Parallèlement, il constitue le dossier de demande de permis de construire.
Le contenu du dossier varie selon les cantons, mais comprend généralement :
Les formulaires officiels de demande
Les plans au 1:100 (situation, niveaux, coupes, façades)
Le calcul des indices (IUS/IBUS, surface verte, places de stationnement)
Le justificatif énergétique (formulaire EN cantonal)
Le profil d'implantation validé par un géomètre
6. La procédure de permis de construire
La demande de permis est déposée auprès de la commune. Elle passe par une mise à l'enquête publique d'une durée de 30 jours pendant laquelle les voisins et tiers peuvent formuler des oppositions. En l'absence d'opposition, le permis est généralement délivré dans un délai de 2 à 4 mois.
En cas d'opposition, le processus peut s'allonger considérablement — parfois de plusieurs mois à plus d'un an si l'affaire est portée devant le tribunal administratif. C'est un risque à prendre en compte dans la planification.
À Genève, les demandes sont traitées par le Département du territoire (DT). Dans le canton de Vaud, c'est la Centrale des autorisations (CAMAC) qui coordonne les préavis des services cantonaux. À Fribourg, le Service des constructions et de l'aménagement (SeCA) intervient pour les projets nécessitant un préavis cantonal.
7. Le financement et l'hypothèque
En Suisse, le financement d'une construction neuve suit des règles strictes. Vous devez apporter au minimum 20 % de fonds propres, dont au moins 10 % ne provenant pas du 2e pilier (caisse de pension). La banque finance le solde via un crédit de construction, qui sera converti en hypothèque fixe à la fin du chantier.
Le crédit de construction est débloqué par tranches au fur et à mesure de l'avancement des travaux. La banque mandate généralement un expert pour valider les étapes clés. Les intérêts intercalaires (intérêts payés pendant la construction) représentent un coût à ne pas négliger, surtout si le chantier dure plus d'un an.
8. L'appel d'offres et le choix des entreprises
Une fois le permis obtenu, l'architecte lance les appels d'offres auprès des entreprises. En Suisse, on utilise le Code des frais de construction (CFC) pour structurer les lots de travaux — du terrassement (CFC 211) à l'aménagement extérieur (CFC 421).
L'architecte compare les offres, négocie et vous recommande les entreprises les plus adaptées. Ce travail de comparaison est essentiel : des écarts de 20 à 30 % entre soumissionnaires pour un même lot ne sont pas rares.
9. Le chantier : de la première pelletée à la toiture
La durée d'un chantier pour une maison individuelle est typiquement de 10 à 14 mois. L'architecte assure la direction des travaux : coordination des corps de métier, contrôle de la qualité d'exécution, suivi du planning et du budget.
Les grandes étapes du chantier sont :
Terrassement et fondations (1-2 mois)
Gros œuvre : murs, dalles, toiture (3-4 mois)
Second œuvre : isolation, fenêtres, installations techniques (3-4 mois)
Finitions : revêtements, peinture, cuisines, sanitaires (2-3 mois)
Aménagements extérieurs et nettoyage final
Des séances de chantier hebdomadaires permettent de suivre l'avancement et de résoudre rapidement les problèmes qui se présentent inévitablement.
10. Réception et mise en service
À la fin du chantier, une réception formelle est organisée. L'architecte et le maître d'ouvrage inspectent le bâtiment et établissent une liste des défauts à corriger. Les entreprises disposent alors d'un délai pour effectuer les retouches.
Selon la norme SIA 118, les défauts cachés sont couverts par une garantie de 2 ans (5 ans pour le gros œuvre). Il est essentiel de documenter soigneusement cette étape et de ne pas libérer les dernières tranches de paiement avant la correction des défauts.
Les délais à anticiper
Du premier trait de crayon à l'emménagement, comptez en moyenne 18 à 24 mois. Voici un calendrier type :
Étude de faisabilité et avant-projet : 2-3 mois
Projet détaillé et dossier de permis : 2-3 mois
Procédure de permis : 2-6 mois (selon les oppositions)
Appel d'offres : 1-2 mois
Construction : 10-14 mois
Les erreurs fréquentes à éviter
Acheter un terrain sans vérifier sa constructibilité réelle (indices, servitudes, zones de danger)
Sous-estimer le budget total en oubliant les frais annexes (permis, raccordements, aménagements extérieurs)
Modifier le projet en cours de chantier — chaque modification génère des surcoûts et des retards
Négliger la qualité de l'enveloppe thermique pour économiser — les coûts énergétiques se paient sur 30 ans
Ne pas prévoir de réserve budgétaire pour les imprévus (sol rocheux, nappe phréatique, etc.)
Ce qu'il faut retenir
Construire en Suisse est un processus encadré qui demande de la rigueur et de l'anticipation. Un bon architecte ne se contente pas de dessiner des plans — il pilote l'ensemble du projet, de la première esquisse à la remise des clés, en veillant au respect du programme, du budget et des normes en vigueur.
Pour en savoir plus sur la Loi fédérale sur l'aménagement du territoire (LAT) et ses implications sur la construction, consultez le site de la Confédération.
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