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Norme SIA 118 : ce que votre contrat de construction ne vous dit pas

La norme SIA 118 régit les contrats de construction en Suisse romande. Découvrez les clauses essentielles que tout maître d'ouvrage devrait connaître avant de signer.

Norme SIA 118 : ce que votre contrat de construction ne vous dit pas

Signer un contrat de construction sans comprendre la norme SIA 118, c'est accepter des règles du jeu sans les avoir lues. En Suisse romande, cette norme régit la grande majorité des relations contractuelles entre maîtres d'ouvrage et entrepreneurs. Pourtant, elle ne s'applique pas automatiquement : il faut l'intégrer explicitement au contrat. Chez HILO Architecture, nous constatons régulièrement que des propriétaires découvrent trop tard les conséquences de clauses qu'ils n'avaient jamais examinées. Cet article décortique les mécanismes clés de la norme SIA 118 pour les contrats de construction, afin que vous puissiez négocier en connaissance de cause.

Pourquoi la SIA 118 n'a rien d'une formalité

La norme SIA 118 (édition 2013) constitue les "Conditions générales pour l'exécution des travaux de construction" publiées par la Société suisse des ingénieurs et des architectes. Contrairement à ce que beaucoup croient, elle ne fait pas partie du droit suisse. C'est un document contractuel privé, applicable uniquement si les parties l'intègrent à leur contrat.

Cette distinction a des conséquences majeures. Sans la SIA 118, votre contrat de construction est régi par les seules dispositions du Code des obligations (art. 363 ss CO), nettement moins détaillées en matière de construction. Le CO ne prévoit par exemple aucune procédure spécifique pour la réception des travaux, ni de mécanisme standardisé pour le traitement des défauts.

En Suisse romande, la quasi-totalité des contrats entre architectes, entrepreneurs et maîtres d'ouvrage intègrent la SIA 118. Mais "intégrer" ne signifie pas simplement la mentionner en bas de page. La norme doit être acceptée par les deux parties, et certaines de ses clauses peuvent être modifiées ou exclues par accord mutuel. C'est précisément là que les problèmes commencent.

Ce que la SIA 118 change par rapport au Code des obligations

Pour mesurer l'importance de la SIA 118, il faut comprendre ce qu'elle apporte de plus que le droit ordinaire. Trois domaines illustrent particulièrement cette différence.

Délais et pénalités

Le Code des obligations se contente de poser le principe : l'entrepreneur doit respecter les délais convenus (art. 366 al. 1 CO). La SIA 118 va beaucoup plus loin. Les articles 92 à 97 définissent un régime complet de gestion des délais, avec des règles précises sur les prolongations admissibles et les pénalités de retard.

Point crucial : les pénalités de retard ne sont pas automatiques dans la SIA 118. Elles doivent être stipulées dans le contrat particulier (art. 96 SIA 118). Si vous ne prévoyez pas de clause pénale, l'entrepreneur en retard ne vous devra que la réparation du dommage prouvé, ce qui est bien plus difficile à faire valoir.

Modifications en cours de chantier

Tout chantier connaît des imprévus. La SIA 118 encadre les modifications de commande aux articles 84 à 90. Elle distingue les prestations supplémentaires (travaux non prévus au contrat) des prestations modificatives (changement de travaux existants). Cette distinction détermine qui décide, qui paie, et comment le prix est calculé.

Le piège classique : un entrepreneur réalise des travaux supplémentaires sans commande écrite du maître d'ouvrage, puis les facture. Selon l'art. 84 al. 2 SIA 118, les travaux supplémentaires doivent en principe être commandés avant leur exécution. Sans cette commande écrite, la situation devient juridiquement ambiguë et le maître d'ouvrage perd une partie de son pouvoir de négociation.

Garantie et prescription

C'est probablement le domaine où la SIA 118 diffère le plus du CO. Le Code des obligations prévoit un délai de prescription de 5 ans pour les défauts d'un ouvrage immobilier (art. 371 al. 2 CO). La SIA 118 introduit un système à deux niveaux : un délai de garantie de 2 ans (art. 172 SIA 118), pendant lequel l'entrepreneur doit réparer les défauts signalés, suivi d'un délai de prescription de 5 ans à compter de la réception (art. 180 SIA 118).

La nuance est capitale. Pendant les 2 ans de garantie, l'entrepreneur est présumé responsable de tout défaut constaté. Après ce délai, la charge de la preuve s'inverse : c'est au maître d'ouvrage de démontrer que le défaut existait déjà à la réception. Concrètement, une fissure signalée 18 mois après la réception sera traitée aux frais de l'entrepreneur. La même fissure signalée 30 mois après exigera une expertise prouvant qu'elle résulte d'un vice de construction.

Les clauses que tout maître d'ouvrage doit connaître

Ces trois domaines posent le cadre général. Mais dans la pratique quotidienne d'un chantier, d'autres dispositions méritent une attention particulière lors de la négociation du contrat.

La clause de renchérissement (art. 64 à 67 SIA 118) prévoit un ajustement des prix en fonction de l'évolution des coûts de main-d'oeuvre et de matériaux. Sur un chantier de rénovation à 500'000 CHF, un renchérissement de 3% représente déjà 15'000 CHF. Il est possible de fixer un prix ferme en excluant cette clause, mais l'entrepreneur intégrera alors une marge de sécurité dans son offre. Le choix entre prix ferme et prix révisable dépend de la conjoncture et de la durée prévue du chantier.

Les acomptes et le paiement (art. 145 à 153 SIA 118) sont également cruciaux. La norme prévoit que les paiements sont effectués sur la base de situations de travaux intermédiaires, avec une retenue de garantie de 10% (art. 149 SIA 118). Cette retenue peut être remplacée par une garantie bancaire après la réception, ce qui est souvent négocié par les entrepreneurs. Accepter cette substitution trop tôt peut affaiblir votre position en cas de défauts.

L'avis des défauts (art. 172 à 173 SIA 118) impose au maître d'ouvrage de signaler les défauts "sans délai" après leur découverte. Ne pas respecter cette obligation peut entraîner la perte du droit à la réparation. D'après notre expérience, c'est l'une des erreurs les plus fréquentes : un propriétaire remarque une fissure, attend quelques mois "pour voir si ça s'aggrave", et perd ses droits.

La sous-traitance (art. 25 à 31 SIA 118) est un autre sujet critique. L'entrepreneur principal peut confier une partie des travaux à des sous-traitants, mais il reste seul responsable de leur travail vis-à-vis du maître d'ouvrage (art. 25 al. 1 SIA 118). Le maître d'ouvrage n'a pas de relation contractuelle directe avec les sous-traitants. Si un sous-traitant disparaît ou fait faillite, c'est l'entrepreneur principal qui assume les conséquences. C'est l'une des raisons pour lesquelles nos services d'accompagnement de projet incluent systématiquement une vérification de la solidité financière des intervenants.

Réception des travaux : le moment où tout se joue

Toutes ces clauses convergent vers un moment décisif : la réception des travaux. La procédure décrite aux articles 157 à 164 SIA 118 représente le tournant du contrat. C'est l'acte par lequel le maître d'ouvrage accepte formellement l'ouvrage, avec toutes les conséquences juridiques que cela implique.

Lors de la vérification commune (art. 158 SIA 118), le maître d'ouvrage et l'entrepreneur inspectent ensemble l'ouvrage terminé. Tous les défauts apparents doivent être consignés dans un procès-verbal. Les défauts non mentionnés dans ce document sont considérés comme acceptés, sauf s'ils étaient cachés au moment de l'inspection.

Nous accompagnons régulièrement nos clients lors de cette étape, car la réception est à la fois un acte technique et juridique. Un oeil non exercé peut facilement manquer des défauts qui deviendront problématiques : un drainage mal posé, une étanchéité insuffisante en pied de mur, un joint de dilatation absent. Ces désordres ne se manifestent parfois qu'après plusieurs mois. Vous pouvez consulter nos réalisations pour constater l'attention que nous portons à chaque détail de finition.

La réception a trois effets juridiques majeurs :

  • Elle déclenche le délai de garantie de 2 ans (art. 172 SIA 118)
  • Elle transfère le risque de l'ouvrage au maître d'ouvrage : si le bâtiment subit un dommage après la réception (incendie, tempête), c'est l'assurance du propriétaire qui intervient
  • Elle fixe le point de départ du délai de prescription de 5 ans (art. 180 SIA 118)

Une pratique que nous recommandons : effectuer une pré-réception quelques semaines avant la réception officielle. Cette inspection informelle permet d'identifier les défauts et de laisser à l'entrepreneur le temps de les corriger. Le procès-verbal final est ainsi plus propre, et les relations entre les parties restent constructives. Un refus de réception est parfaitement légitime si des défauts majeurs subsistent, mais il vaut mieux anticiper que bloquer.

Signer en connaissance de cause

La norme SIA 118 n'est pas un document bureaucratique de plus à parapher entre deux rendez-vous de chantier. C'est l'armature juridique qui détermine vos droits et obligations à chaque étape, depuis la première commande de travaux jusqu'à l'expiration des garanties. Comprendre ses mécanismes avant de signer, c'est éviter les litiges qui transforment un projet de construction en source de frustration et de surcoûts.

Retenez les points clés de ce parcours : vérifiez que la SIA 118 est bien intégrée à votre contrat, négociez les clauses de pénalité et de renchérissement avant le premier coup de pioche, exigez des commandes écrites pour tous les travaux supplémentaires, et prenez la réception au sérieux. C'est le dernier moment où vous disposez d'un levier contractuel fort face à l'entrepreneur.

Chez HILO Architecture, nous intégrons cette vigilance contractuelle dès la phase de conception. Nos architectes accompagnent chaque projet depuis la rédaction du contrat jusqu'à la réception finale, pour que le cadre juridique protège réellement vos intérêts. Contactez notre équipe pour discuter de votre projet de construction ou de rénovation en Suisse romande.

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