Permis de construire à Genève et dans le canton de Vaud : les délais, du dépôt à la décision
La loi fixe 60 jours à Genève et 40 jours dans le canton de Vaud pour décider d'une demande de permis de construire. Les délais moyens mesurés dépassent 200 jours : d'où vient l'écart, et comment le réduire en Suisse romande.

Quand vous déposez une demande de permis de construire à Genève, la loi fixe au canton un délai de réponse de 60 jours. Dans le canton de Vaud, la commune dispose de 40 jours pour statuer. Ces délais paraissent raisonnables. Les délais moyens mesurés sont pourtant bien plus longs.
Les données disponibles le montrent. Entre 2013 et 2017, il fallait en moyenne 208 jours en ville de Genève pour obtenir une autorisation de construire, tous projets confondus, et 536 jours pour une construction résidentielle neuve, selon l'étude d'Avenir Suisse publiée en 2019 sur dix villes suisses (données de Fahrländer Partner et du magazine Baublatt). Lausanne était alors à 202 jours ; en 2025, la Ville indiquait 6 mois et 21 jours en moyenne pour les seules demandes déposées et accordées dans l'année, sans les demandes des années précédentes. À Genève, cela représentait près de sept mois d'attente, contre les 60 jours prévus par la loi genevoise.
Comprendre cet écart, c'est comprendre comment fonctionne réellement la machine administrative de la construction en Suisse romande. Et surtout, c'est identifier les leviers concrets pour anticiper l'attente et protéger votre planning de chantier.
Ce que la loi prévoit: délais légaux à Genève et dans le canton de Vaud
À Genève, l'art. 4 al. 1 de la Loi sur les constructions et les installations diverses (LCI, L 5 05) fixe un délai d'instruction de 60 jours dès l'enregistrement du dossier. La procédure accélérée, régie par l'art. 3 al. 7 LCI, réduit ce délai à 30 jours ; le département peut l'appliquer aux travaux intérieurs ou qui ne modifient pas l'aspect général d'un bâtiment, aux projets conformes à la zone villa (zone 5) sans dérogation, aux petites constructions nouvelles et aux ouvrages provisoires. Dans ce cas, la demande n'est pas publiée dans la Feuille d'avis officielle (FAO), ce qui supprime la phase d'observations des tiers. Le recours au Tribunal administratif de première instance (TAPI) contre l'autorisation publiée reste ouvert.
Dans le canton de Vaud, l'art. 114 al. 1 LATC (Loi sur l'aménagement du territoire et les constructions) impose à la commune de statuer dans les 40 jours suivant le dépôt d'un dossier complet. Ce délai tombe à 20 jours lorsqu'aucune enquête publique n'est requise. Point essentiel: lorsqu'une autorisation cantonale est requise, le délai ne commence à courir qu'à la réception de la décision cantonale (art. 114 al. 3 LATC), que la CAMAC (Centrale des autorisations en matière de construction) transmet à la commune en une seule communication, la synthèse CAMAC (art. 73a al. 1 RLATC). La phase CAMAC se déroule donc en dehors des 40 jours de la commune ; la loi donne au canton 30 jours dès la réception du dossier complet pour se prononcer, un délai qui peut être prolongé dans des circonstances particulières, par exemple si une expertise est nécessaire (art. 122 al. 2 LATC).
Dans les deux cantons, sauf procédure accélérée à Genève ou dispense d'enquête accordée par la municipalité dans le canton de Vaud, une enquête publique de 30 jours est publiée dans la FAO dès la mise à l'enquête du projet. Pendant cette période, un tiers dépose des observations à Genève (art. 3 al. 2 LCI) et une opposition motivée dans le canton de Vaud (art. 109 al. 4 LATC). Genève ne connaît pas l'opposition : la contestation y prend la forme d'un recours au TAPI dans les 30 jours dès la publication de l'autorisation. Ces délais légaux semblent raisonnables sur papier. Ce que la loi ne dit pas, c'est à quel point ils peuvent être suspendus et allongés.
Combien de temps prend réellement un permis de construire à Genève?
En pratique, entre 2013 et 2017, le délai moyen en ville de Genève atteignait 208 jours pour l'ensemble des demandes et 536 jours pour les constructions résidentielles neuves, selon Avenir Suisse. Genève avait le délai le plus long des dix villes suisses étudiées, devant Lausanne (202 jours) et Zurich (177 jours). Pour la seule procédure accélérée, l'État de Genève publie un chiffre plus récent dans ses comptes annuels : en 2025, 58 % des autorisations ont été délivrées dans le délai de 30 jours ; voir aussi les délais d'un agrandissement de maison à Genève.
À Genève, le canton instruit et délivre les autorisations de construire : l'Office des autorisations de construire (OAC) traite les demandes de tout le territoire cantonal, et les communes donnent un préavis consultatif (art. 3 al. 3 LCI). Selon Avenir Suisse, les 536 jours des constructions résidentielles neuves s'expliquent probablement par la rareté de ces projets dans une ville saturée et très densément bâtie.
Mais le facteur le plus sous-estimé reste la suspension du délai. Selon l'art. 4 al. 3 LCI, lorsque l'administration demande de manière motivée des pièces ou des renseignements complémentaires, le délai d'instruction est suspendu jusqu'à leur réception, sauf pour des travaux qui améliorent la performance énergétique d'un bâtiment existant. Cette demande peut être répétée: un complément aujourd'hui, un autre dans trois semaines lors d'une lecture approfondie du dossier. Chaque demande remet le compteur en pause. Un architecte mandataire au fait des exigences précises de l'OAC peut constituer un dossier complet dès le dépôt, ce qui limite les demandes de complément et donc les suspensions.
Après publication de l'autorisation dans la FAO, un voisin directement touché, la commune ou une association habilitée dispose de 30 jours pour déposer un recours auprès du Tribunal administratif de première instance (TAPI). En cas de recours, la décision n'entre pas en force et, en principe, les travaux ne peuvent pas démarrer.
La procédure vaudoise: commune, CAMAC et double filtre cantonal
Si Genève affichait les délais les plus longs, le canton de Vaud n'échappe pas aux mêmes dynamiques. À Lausanne, le délai moyen atteignait 202 jours entre 2013 et 2017, presque autant qu'à Genève ; en 2025, la Ville comptait en moyenne 9 mois et 7 jours entre le dépôt et la décision pour les permis accordés dans l'année, demandes des années précédentes comprises et cas extrêmes écartés. La procédure vaudoise ajoute une étape que Genève ne connaît pas: la coordination par la CAMAC.
La CAMAC est l'interface entre les communes et les services cantonaux spécialisés: protection incendie, voirie, agriculture, monuments historiques, protection des eaux, etc. Chaque service concerné par le projet reçoit le dossier et dispose d'un délai pour rendre son préavis. La commune ne peut délivrer le permis de construire qu'après réception de la synthèse CAMAC, qui consolide l'ensemble de ces préavis.
C'est précisément là que l'art. 114 al. 3 LATC joue un rôle crucial: lorsqu'une autorisation cantonale est requise, le délai de 40 jours (art. 114 al. 1 LATC) ne commence à courir qu'après réception de la décision cantonale, que la CAMAC communique en une seule fois (art. 73a al. 1 RLATC). La consultation cantonale se déroule donc hors du délai de la commune ; la loi donne au canton 30 jours dès la réception du dossier complet, un délai qui peut être prolongé dans des circonstances particulières (art. 122 al. 2 LATC). En avril 2026, le Conseil d'État vaudois a publié la durée mesurée de cette phase entre 2022 et 2024 : pour un dossier complet, le canton a mis 46 jours au plus à répondre dans la moitié des cas, et 60 jours en moyenne ; il annonçait en 2025 deux à trois mois, avant même que le compteur de la commune ne démarre.
Le canton de Vaud distingue trois types de procédures: la procédure P (90% des cas, permis de construire pour une construction nouvelle, une transformation ou une démolition), la procédure C, ou enquête complémentaire, pour des modifications de peu d'importance d'un projet déjà mis à l'enquête, possible jusqu'au permis d'habiter et au plus tard quatre ans après l'enquête principale (art. 72b RLATC), et la procédure A d'autorisation préalable d'implantation (art. 119 LATC), utilisée en règle générale pour les projets importants ou qui touchent fortement le territoire et l'environnement, et périmée si aucune demande de permis ne suit dans les deux ans. Pour la grande majorité des projets résidentiels, c'est la procédure P qui s'applique, avec toutes ses étapes.
Pourquoi le délai du permis de construire dépasse-t-il presque toujours les textes?
Quatre mécanismes expliquent l'essentiel de l'écart entre délai légal et délai vécu: la suspension pour compléments de dossier, la phase CAMAC non comptée dans le délai de la commune vaudoise, les recours de tiers, et les révisions de plans que préparent certaines communes.
La suspension pour compléments est le mécanisme sur lequel le maître d'ouvrage peut le plus agir. À Genève, l'art. 4 al. 3 LCI suspend le délai d'instruction chaque fois que l'OAC demande, de manière motivée, un document nécessaire. Cette demande peut être fragmentée dans le temps: une pièce manquante identifiée à la lecture du dossier, une autre lors de l'examen approfondi, une troisième après consultation d'un service spécialisé. Le délai légal de 60 jours peut théoriquement rester figé pendant des mois si le dossier est incomplet.
Les recours de voisinage constituent le deuxième facteur. En 2025, à Genève, une procédure de recours en droit des constructions a duré 7,7 mois en médiane quand elle s'est terminée devant le Tribunal administratif de première instance (TAPI), et 18,2 mois quand elle est allée jusqu'à la Cour de justice, selon le compte rendu du Pouvoir judiciaire. Pendant cette période, le permis n'est pas en force et, en principe, les travaux ne peuvent pas commencer.
Dans le canton de Vaud, la planification communale peut aussi retarder un projet. Une municipalité peut refuser un permis pour un projet pourtant conforme s'il compromet une modification de plan qu'elle prépare ; le plan doit alors être mis à l'enquête dans les 14 mois qui suivent le refus (art. 47 LATC). Une commune peut aussi créer une zone réservée, qui interdit ou limite la construction pendant cinq ans au plus, avec une prolongation de trois ans au maximum (art. 46 LATC). Le délai ne dépend alors plus de la qualité du dossier.
Comment réduire concrètement le délai d'obtention de votre permis de construire
Ces chiffres ne sont pas une fatalité. Plusieurs décisions prises avant le dépôt du dossier peuvent réduire significativement le délai réel. Le dossier lui-même reste le levier le plus accessible.
- Dossier complet dès le dépôt: chaque pièce manquante peut suspendre le délai pendant des semaines. À Genève comme dans le canton de Vaud, l'architecte mandataire qui connaît les exigences précises de chaque service peut constituer un dossier complet, ce qui limite les demandes de complément, donc les suspensions du délai légal.
- Consultation préalable: à Genève, une demande de renseignement, non publiée, donne l'avis du département sur l'implantation, le gabarit, le volume et l'accès du projet avant le dépôt, sans portée juridique ; publiée, la demande préalable vaut décision sur ces points (art. 5 LCI). Dans le canton de Vaud, l'État propose deux demandes préalables gratuites, pour un projet hors zone à bâtir et pour un bâtiment ou un site protégé. Le canton exige la seconde démarche avant la demande de permis, pour des travaux extérieurs comme intérieurs, si le bâtiment est classé monument historique, figure à l'inventaire cantonal ou est noté 3 au recensement architectural, c'est-à-dire reconnu d'intérêt local. L'art. 119 LATC permet aussi de demander une autorisation préalable d'implantation (procédure A), utilisée en général pour les projets importants et périmée si aucune demande de permis ne suit dans les deux ans.
- Procédure accélérée à Genève: pour les travaux intérieurs, les projets conformes à la zone villa sans dérogation, les petites constructions nouvelles et les ouvrages provisoires, la procédure accélérée (art. 3 al. 7 LCI) réduit le délai légal à 30 jours et supprime la publication de la demande en FAO, donc la phase d'observations du voisinage. Le recours au TAPI contre l'autorisation reste ouvert.
- Intégrer les délais réels dans le planning: un projet dont les travaux sont prévus au printemps ne peut pas déposer sa demande en janvier si le délai moyen est de sept mois. La planification temporelle doit intégrer l'instruction, la phase CAMAC (Vaud), le délai d'entrée en force (30 jours sans recours) et une réserve pour les oppositions éventuelles.
La validité du permis mérite aussi attention. À Genève, l'autorisation de construire est caduque si les travaux ne commencent pas dans les deux ans qui suivent sa publication dans la FAO ; en cas de recours, ce délai est suspendu jusqu'à la fin de la procédure (art. 4 al. 5 LCI). Le département peut la prolonger d'un an si la demande arrive au moins un mois avant l'échéance, en principe deux fois au plus. Dans le canton de Vaud, le permis est périmé si la construction n'a pas commencé dans les deux ans qui suivent sa date ; selon le Tribunal cantonal, ce délai ne court pas tant qu'un recours empêche d'utiliser le permis. La municipalité peut prolonger sa validité d'un an si les circonstances le justifient : notre article sur le permis de construire dans le canton de Vaud détaille ces règles.
Planifier en connaissance de cause
Entre le délai légal du permis de construire à Genève et dans le canton de Vaud et le délai vécu sur le terrain, l'écart peut atteindre plusieurs mois, voire plusieurs années pour un projet de grande envergure. Ce n'est pas une anomalie: c'est le fonctionnement normal d'une procédure administrative qui comprend plusieurs phases parallèles, une coordination CAMAC non comptée dans le délai de la commune vaudoise, des délais suspendables, et un droit d'observation, d'opposition et de recours ouvert aux tiers.
Ce que vous pouvez contrôler, c'est la qualité du dossier déposé, le choix de la procédure adaptée à votre projet, et la solidité de la relation avec les services administratifs. Ce sont précisément les points sur lesquels un architecte mandataire expérimenté en Suisse romande fait la différence entre un projet qui avance et un dossier qui dort.
Chez HILO Architecture, nos prestations d'accompagnement s'adressent aux maîtres d'ouvrage à Genève, dans le canton de Vaud et en Suisse romande. Pour parler de votre projet et des délais à prévoir lors d'un premier rendez-vous de 45 minutes, gratuit et sans engagement, prenez contact avec notre équipe.