Installation de récupération d'eau de pluie en Suisse : prix, économies réelles et réduction de la taxe pluviale
Une cuve enterrée coûte environ 10 000 francs et n'économise qu'environ 130 francs d'eau par an. Le gain financier vient surtout de la réduction de la taxe pluviale : près de 5 000 francs pour une villa genevoise.

Les fournisseurs suisses qui vendent une installation de récupération d'eau de pluie annoncent un amortissement en dix à vingt ans pour une cuve enterrée à 10 000 francs. Les statistiques de la SSIGE, la Société suisse de l'industrie du gaz et des eaux, permettent de vérifier ce calcul : le mètre cube d'eau potable revient à 1,95 franc en moyenne pour un ménage de quatre personnes, et un habitant en consomme 59 mètres cubes par an.
Avec ces chiffres, l'amortissement annoncé est impossible. Rembourser 10 000 francs en quinze ans supposerait d'économiser 667 francs chaque année, soit plus de 340 mètres cubes d'eau potable remplacés par de l'eau de pluie. Une famille de quatre personnes qui remplace tout ce qui peut l'être, arrosage, chasses d'eau et lave-linge, en remplace au mieux une centaine de mètres cubes.
L'intérêt financier d'une installation se trouve ailleurs, dans deux éléments que tout projet comporte de toute façon : le volume de gestion des eaux pluviales que le permis de construire exige sur la parcelle, et la taxe d'assainissement calculée au mètre carré de surface imperméabilisée raccordée au réseau. Depuis le 4 juillet 2026, Genève peut porter cette taxe à 50 francs le mètre carré. Le même canton la réduit de 90 % pour les propriétaires qui récupèrent l'eau de pluie. Cet article décrit l'état du droit au 11 septembre 2026.
Récupération d'eau de pluie : pourquoi l'amortissement annoncé ne tient pas
Une installation domestique remplace entre 80 et 110 mètres cubes d'eau potable par an dans une villa occupée par quatre personnes. À 1,95 franc le mètre cube, cela représente environ 200 francs par an. Une partie importante de ce montant n'est pourtant pas économisée, pour deux raisons.
Les statistiques de l'eau publiées par la SSIGE pour l'année d'exploitation 2024 fixent le prix moyen à 1,95 franc le mètre cube pour un ménage de quatre personnes et à 2,30 francs pour un ménage moyen de 2,2 personnes, le prix étant environ un tiers moins élevé dans les immeubles collectifs. La même publication décrit la structure de la facture : « les recettes provenant de la vente d'eau sont générées en moyenne pour un tiers par les taxes de base et pour deux tiers par les frais liés au volume ».
Première raison : un tiers de la facture d'eau potable est une taxe de base fixe, qui ne dépend pas de la consommation. Seuls les deux tiers restants, soit environ 1,30 franc par mètre cube, sont économisés quand de l'eau de pluie remplace de l'eau potable.
Seconde raison : la facture d'eau comprend aussi les taxes d'épuration des eaux usées, et ces taxes ne baissent pas non plus. À Genève, la taxe annuelle d'épuration est un forfait de 260 francs par an entre 0 et 100 mètres cubes (art. 3 al. 1 du règlement relatif aux taxes d'assainissement des eaux), auquel s'ajoutent 44 francs de taxe d'utilisation du réseau secondaire (art. 12 al. 1). Ces deux taxes sont des forfaits : un ménage qui réduit sa consommation d'eau potable ne les fait pas baisser.
Le règlement communal type vaudois de mars 2024 est plus explicite encore. Son article 50 alinéa 5 dispose que « lorsque le volume d'eau à épurer excède le volume d'eau potable mesuré par le distributeur, notamment en présence de source privée ou de récupération de l'eau de pluie, la mesure de l'eau supplémentaire à épurer incombe au propriétaire ». L'eau de pluie envoyée aux toilettes repart au collecteur et reste taxée, et le compteur qui la mesure est posé puis payé par le propriétaire.
À Lausanne, la règle est différente, mais l'effet est le même : l'eau de pluie utilisée dans la maison reste taxée. Pour les bâtiments alimentés par les eaux pluviales, la Municipalité estime la quantité déversée au collecteur « en fonction de l'occupation réelle (nombre d'habitants) et de l'affectation du bien-fonds », selon l'article 52 alinéa 3 du règlement sur l'évacuation et le traitement des eaux. Le compteur d'eau potable ne sert alors plus de référence : la taxe de traitement, plafonnée à 1,90 franc le mètre cube, s'applique à un volume estimé d'après le nombre d'habitants.
Sur la seule facture d'eau, une installation à 10 000 francs se rembourse ainsi en soixante à quatre-vingts ans, alors que la pompe et l'électronique devront être remplacées bien avant. L'intérêt financier de l'installation dépend donc d'autres postes, décrits dans les sections suivantes.
Infiltration, rétention, récupération : trois régimes pour la même eau de pluie
Le droit fédéral prévoit deux manières de gérer l'eau de pluie sur une parcelle : l'infiltration dans le sol et la rétention avant rejet au réseau. La récupération pour un usage domestique n'est ni l'une ni l'autre. Elle s'ajoute aux deux, et les trois volumes se calculent selon des règles différentes.
L'article 7 alinéa 2 de la loi fédérale sur la protection des eaux fixe l'ordre : « Les eaux non polluées doivent être évacuées par infiltration conformément aux règlements cantonaux. Si les conditions locales ne permettent pas l'infiltration, ces eaux peuvent être déversées dans des eaux superficielles ; dans la mesure du possible, des mesures de rétention seront prises afin de régulariser les écoulements en cas de fort débit. » La norme SN 592 000 et la directive VSA « Gestion des eaux urbaines par temps de pluie » de 2019 en donnent la traduction technique.
Fribourg encadre la manière de faire avec une précision rare. L'aide à l'exécution du Service de l'environnement sur l'infiltration des eaux non polluées exige « une installation en surface et un passage des eaux à travers une couche de terre naturelle de 30 cm au minimum à pH ≥ 5.5 avec des teneurs en humus ≥ 4% et en argile de 10-15% ». Le même document ajoute que « l'infiltration par un ouvrage souterrain des eaux non polluées directement dans le sous-sol, aménagé ou non, sans passage à travers la couche d'humus (puits perdu, puits ou galerie d'infiltration) n'est pas admise ».
Rétention et récupération sont même physiquement contradictoires. Un ouvrage de rétention doit être vide pour servir : il absorbe la pointe de l'orage et la restitue au réseau à débit limité par un ajutage calibré. Une cuve de récupération doit au contraire être aussi pleine que possible. Le mois d'août montre la contradiction. C'est le moment où l'arrosage vide la cuve, alors qu'elle devrait rester pleine pour servir. C'est aussi le moment où les orages exigent un bassin de rétention vide pour les absorber.
Le Service de l'environnement fribourgeois relève une incompatibilité du même ordre entre rétention et infiltration : « Les ouvrages souterrains de rétention doivent être étanches. Ils ne peuvent par conséquent pas être utilisés conjointement pour l'infiltration. » Un mètre cube de cuve ne compte donc pas comme un mètre cube de rétention exigée par le permis : les deux ouvrages s'additionnent sur la parcelle.
| Régime | Objectif | État du volume recherché | Base légale ou technique | Effet sur les taxes |
|---|---|---|---|---|
| Infiltration | Rendre l'eau au sol et à la nappe | Toujours disponible, vidange par le sol | art. 7 al. 2 LEaux, aides cantonales à l'exécution | Surface sortie de l'assiette ou abattue jusqu'à 85 % |
| Rétention | Écrêter la pointe d'orage, restituer à débit régulé | Vide avant la pluie | art. 7 al. 2 LEaux, norme SN 592 000, directive VSA 2019 | Abattement de 30 à 75 % selon le canton |
| Récupération | Substituer de l'eau potable pour des usages non alimentaires | Plein le plus souvent possible | Aucune obligation fédérale, réseau séparé selon SSIGE W3 | Abattement jusqu'à 90 % à Genève |
| Rétention en toiture | Retarder l'écoulement au point de chute | Lame d'eau temporaire, restitution lente | Directive OCEau du 17 mai 2023, ch. 6.4 | Cumul possible avec une toiture végétalisée SIA 312 |
Une installation de récupération d'eau de pluie est-elle soumise à autorisation en Suisse ?
Oui, dans les trois cantons romands, et à deux niveaux distincts. Le premier contrôle passe par le dossier d'évacuation des eaux de la parcelle, qui fait partie intégrante du permis de construire. Le second contrôle est celui du distributeur d'eau, qui doit approuver tout raccordement à l'intérieur du bâtiment.
Genève a durci le principe avec la loi sur les eaux du 19 mars 2026, entrée en vigueur le 4 juillet 2026, qui abroge celle de 1961. Son article 66 alinéa 1 pose une obligation : « Les particuliers sont tenus de mettre en œuvre des mesures de valorisation et de gestion des eaux à la parcelle, fixées par le département, notamment des mesures d'infiltration. » L'article 52 alinéa 2 indique la forme attendue, une gestion « par infiltration dans les sols perméables ou par rétention en surface dans des installations de valorisation destinées à faire circuler les eaux pluviales en surface et en gravitaire ».
La directive de l'Office cantonal de l'eau du 17 mai 2023 fournit la marche à suivre. Elle renvoie à l'application Taxeau pour le débit à évacuer et le volume de rétention à prévoir, invite à consulter la carte des potentiels d'infiltration du plan communal, et interdit l'infiltration en zone de protection S2 comme sur les sites pollués. Ce document de trente pages ne contient ni le mot citerne, ni le mot récupération : le canton y traite l'eau de pluie comme une charge à évacuer.
Côté vaudois, le règlement communal type de la Direction générale de l'environnement impose à son article 14 alinéa 2 l'infiltration « par l'intermédiaire d'un ouvrage d'infiltration adéquat, après l'obtention des autorisations nécessaires ». À Lausanne, l'article 22 du règlement sur l'évacuation et le traitement des eaux est catégorique : « Aucun travail ne peut être commencé sans l'autorisation de la Municipalité. » La Ville peut exiger un essai d'infiltration, et le propriétaire doit l'aviser avant le remblayage de la fouille.
Fribourg inscrit l'exigence dans le dossier de permis lui-même. Celui-ci doit comporter un rapport technique présentant l'examen de l'admissibilité du déversement des eaux non polluées et la nécessité ou non de mesures de rétention. Le canton encadre aussi les modifications ultérieures : « Aucune modification ultérieure de l'installation ne doit être apportée sans autorisation préalable de la commune. »
Poser la cuve après coup revient à modifier un ouvrage autorisé. À Genève, l'article 84 alinéa 3 de la loi sur les eaux impose d'annoncer au département « toute modification des surfaces raccordées ou du débit maximal rejeté », en vue du réexamen de la taxe.
Eau non potable : séparation des réseaux, marquage et déclaration au distributeur
L'eau de pluie ne peut alimenter ni un robinet de cuisine, ni une douche, ni un lave-vaisselle. Dès que l'eau de pluie entre dans le bâtiment, l'installation devient mixte, c'est-à-dire alimentée par deux sources. La commune doit alors la répertorier et la contrôler, en tant qu'autorité sanitaire locale.
L'aide-mémoire du canton de Vaud sur l'eau potable le formule sans ambiguïté : « Les installations intérieures mixtes (alimentées par des sources privées ou de l'eau de pluie et par le réseau d'eau potable) doivent être répertoriées, contrôlées et, si besoin, mise en conformité. » Il exige également des « dispositifs excluant tout retour d'eau grise dans le réseau de distribution ». Les bases sont l'ordonnance du DFI sur l'eau potable et l'eau des installations de baignade et de douche accessibles au public, l'ordonnance sur l'hygiène, et les directives SSIGE W3, W3/C1 et W12.
Le règlement sur la fourniture d'eau potable de la Ville de Fribourg dit la même chose à son article 34 : « Les installations de distribution d'eau de sources privées, d'eau de pluie ou d'eau grise doivent être indépendantes du réseau communal et doivent être clairement identifiables. » Le propriétaire qui combine les deux sources doit en informer le distributeur, lequel peut inspecter l'installation. Les infractions sont passibles d'amendes de 20 à 1 000 francs selon l'article 43.
Sur le plan technique, les directives sanitaires classent l'eau de pluie parmi les fluides qui présentent le plus de risque pour le réseau d'eau potable. Lorsque le réseau d'eau potable sert d'appoint à la cuve pendant les périodes sèches, le remplissage passe obligatoirement par une disconnexion totale par surverse, avec rupture physique de la veine d'eau au-dessus du niveau maximal. Un clapet anti-retour ne suffit pas, et le dispositif fait l'objet de contrôles périodiques.
Les usages admis, qui déterminent le dimensionnement, sont l'arrosage, le nettoyage extérieur, les chasses d'eau et le lave-linge : environ 69 des 162 litres consommés chaque jour par habitant. Chaque conduite d'eau non potable doit être marquée et chaque point de puisage extérieur signalé, faute de quoi un artisan risque de raccorder de bonne foi une conduite d'eau de pluie au réseau d'eau potable.
La taxe au mètre carré imperméabilisé : le poste où l'économie est la plus importante
Les taxes d'assainissement suisses ne se calculent pas seulement sur l'eau consommée. Une part importante porte sur la surface imperméabilisée raccordée au réseau. C'est cette part que la gestion de l'eau de pluie sur la parcelle permet de réduire.
Le cadre vient de l'article 60a de la loi fédérale sur la protection des eaux, qui oblige les cantons à répercuter ces coûts sur ceux qui produisent les eaux à traiter et impose que « les bases de calcul qui servent à fixer le montant des taxes sont accessibles au public ». Chaque canton l'applique de manière différente.
Genève : le canton fixe le tarif et prévoit une réduction pour la récupération
Le règlement relatif aux taxes d'assainissement des eaux prévoit à son article 7 que la composante pluviale de la taxe unique de raccordement est fixée « en fonction de la surface réduite raccordée à raison de 25 francs par m² ». L'article 8 prévoit ensuite les réductions, appelées abattements : les surfaces dont l'eau est entièrement infiltrée ne sont plus taxées du tout, et la taxe baisse de 30 % lorsque le réseau public est saturé ou de 70 % lorsque la mesure protège un cours d'eau.
L'alinéa 5 du même article concerne directement la récupération d'eau de pluie et prévoit la réduction la plus forte : « Lorsque les mesures de gestion des eaux pluviales sont prises de manière volontaire en l'absence de contraintes fixées par le département, la composante eaux pluviales peut être réduite jusqu'à concurrence de 90 % si les eaux sont récupérées pour l'arrosage, pour l'alimentation des installations sanitaires ou pour un usage industriel. » Un propriétaire qui agit volontairement obtient donc une réduction plus forte que celui à qui le département a imposé des mesures. Une toiture végétalisée conforme à la norme SIA 312 ouvre encore 50 % d'abattement supplémentaire sur sa propre surface.
La nouvelle loi sur les eaux relève le plafond. Son article 87 alinéa 1 permet de taxer « à raison d'un maximum de 50 francs par m² », le double du tarif réglementaire actuel, et son article 66 alinéa 2 inscrit l'incitation dans la loi elle-même, pour encourager « des installations de gestion des eaux à la parcelle respectueuse du cycle de l'eau et valorisant les eaux pluviales ». La taxe totale reste plafonnée à 2,5 % du coût de construction et une taxe complémentaire frappe tout agrandissement de la surface construite.
Canton de Vaud : chaque commune fixe son tarif et le propriétaire doit prouver ses surfaces
Le canton laisse les montants aux communes, mais leur impose un règlement type qui fixe la structure des taxes. La taxe unique de raccordement comporte une composante « proportionnelle à la surface imperméabilisée raccordée aux canalisations publiques », et l'article 49 alinéa 3 renverse la charge de la preuve : « La preuve du non-raccordement aux canalisations publiques de tout ou partie d'une surface imperméabilisée incombe au propriétaire. »
Lausanne prélève au maximum 30 francs par mètre carré de surface imperméabilisée raccordée à la construction, puis 1 franc par mètre carré et par an, tarif effectivement appliqué depuis le 1er janvier 2025. Sa directive municipale sur les taxes chiffre les réductions : 85 % pour un ouvrage d'infiltration doté d'un raccordement de sécurité, exonération totale sans ce raccordement, 75 % pour un ouvrage de rétention. Les réductions ne sont pas cumulables et la Ville retient la surface brute, puisque « il ne sera pas tenu compte d'une surface imperméable réduite en fonction d'un coefficient de ruissellement ».
Le règlement vaudois contient une incohérence utile à connaître. Il prévoit bien une réduction pour « les constructions ou aménagements dont les eaux pluviales sont recueillies dans un récipient (cuve ou bassin, p.ex.) à des fins sanitaires, d'arrosage ou pour un autre usage similaire », à son article 54 alinéa 1 lettre c. Mais la directive qui fixe les taux ne prévoit de réduction que pour l'infiltration et la rétention. Le taux applicable à une cuve seule doit donc être négocié avec le service communal, et la réduction ne s'applique qu'à partir d'un contrôle que le propriétaire doit lui-même demander.
Fribourg : le canton fixe les règles techniques, la commune fixe les montants
À Fribourg, la répartition des rôles est claire. Le Service de l'environnement impose la méthode d'infiltration et de rétention par ses aides à l'exécution, pendant que la commune fixe les montants. La Ville de Fribourg a revu son tarif au 1er janvier 2025 et utilise une base de calcul que ni Genève ni Lausanne ne connaissent : la taxe de raccordement vaut 54,50 francs hors taxe par mètre carré de parcelle, ce montant étant ensuite multiplié par l'indice brut d'utilisation du sol. Cette taxe dépend donc des droits à bâtir, et réduire les surfaces imperméabilisées ne la diminue pas.
La surface ruisselante reparaît en revanche dans la taxe annuelle de base, fixée à 0,50 franc hors taxe par mètre carré de surface totale réduite, à laquelle s'ajoutent 20 francs par équivalent-habitant et une taxe d'exploitation de 0,59 franc par mètre cube consommé. Le mot « réduite » est important : la surface est pondérée par le coefficient de ruissellement fixé dans le plan général d'évacuation des eaux. Une cour perméable ou une toiture végétalisée compte donc moins, chaque année, qu'une dalle de béton.
| Élément | Genève | Vaud (exemple de Lausanne) | Fribourg (exemple de la Ville) |
|---|---|---|---|
| Qui fixe le tarif | Le canton, par règlement | La commune, dans un cadre cantonal type | La commune |
| Assiette liée aux surfaces | Surface réduite raccordée | Surface imperméabilisée brute, sans coefficient | Droits à bâtir au raccordement, surface réduite pour la taxe annuelle |
| Tarif au raccordement | 25 francs/m² de surface réduite (plafond légal porté à 50) | Maximum 30 francs/m² imperméabilisé | 54,50 francs/m² de parcelle multiplié par l'IBUS |
| Taxe annuelle liée aux surfaces | Aucune, la taxe d'utilisation suit le volume consommé | 1 franc/m² imperméabilisé et par an depuis 2025 | 0,50 franc/m² de surface réduite, plus 20 francs par équivalent-habitant |
| Abattement pour infiltration | Surface sortie de l'assiette | 85 %, ou exonération sans trop-plein raccordé | Indirect, par le coefficient de ruissellement du plan communal |
| Abattement pour récupération | Jusqu'à 90 %, nommé dans le texte | Prévu par le règlement, non tarifé par la directive | Non prévu en tant que tel |
Dimensionner une installation de récupération d'eau de pluie : deux volumes, deux calculs
Les deux volumes se calculent séparément, et dans cet ordre : d'abord le volume de rétention, parce qu'il conditionne le permis, ensuite le volume de la cuve, à partir de ce que la toiture produit et de ce que le ménage consomme. Si l'on choisit la cuve d'abord, il faut souvent creuser une seconde fois pour ajouter la rétention exigée.
Côté production, le Plateau nord reçoit entre 1 000 et 1 500 millimètres de pluie par an selon MétéoSuisse, davantage en été qu'en hiver. Après ruissellement et filtration, la profession retient environ 800 litres par mètre carré de toiture et par an en moyenne suisse, de l'ordre de 550 litres à Sion et 1 400 à Montreux. Une toiture de 140 mètres carrés produit ainsi 112 mètres cubes par an.
Ce volume annuel dépasse largement les besoins d'une villa, mais il ne sert pas à dimensionner la cuve. Le critère utile est l'autonomie entre deux pluies, et non le cumul sur douze mois. Une cuve de 5 000 litres, dimension courante pour une maison individuelle, couvre environ trois semaines de consommation non alimentaire pour quatre personnes. Au-delà, chaque mètre cube de cuve supplémentaire coûte davantage de terrassement pour quelques jours d'autonomie en plus.
Le volume de rétention se calcule tout autrement, selon le plan général d'évacuation des eaux de la commune. L'exemple officiel publié par le canton de Fribourg donne l'ordre de grandeur : pour une parcelle de 800 mètres carrés en zone de transition Plateau-Préalpes, avec un coefficient de ruissellement prescrit de 0,05, une surface réduite de 207 mètres carrés et une intensité de pluie de 104,2 millimètres par heure pour un temps de retour de cinq ans, le volume de rétention nécessaire ressort à 4 mètres cubes. En l'absence d'indication du plan communal, le canton prescrit de retenir un coefficient de 0,1.
Genève classe les projets par seuils de volume. Un volume de rétention compris entre 3 et 15 mètres cubes, sans compter la toiture, relève des techniques dites alternatives, sans stockage ni régulation : tranchée drainante, noue ou jardin de pluie. Une noue est un fossé peu profond et planté, où l'eau s'infiltre. Le canton préfère les matériaux minéraux ou végétaux aux structures alvéolaires en plastique. Au-delà de 15 mètres cubes, et pour toute rétention en toiture, la rétention avec stockage et régulation devient la règle.
L'ouvrage de rétention exige enfin ses propres équipements, qui ne figurent pas dans les devis de cuve. L'eau doit d'abord passer par un dépotoir, une chambre qui retient les dépôts, séparée de la chambre du régulateur de débit. Un régulateur à effet Vortex est conseillé pour les débits de 1 à 60 litres par seconde. Un trop-plein de sécurité, dimensionné pour 1 à 1,5 fois le débit maximal entrant, doit être prévu, et il ne peut pas être raccordé aux eaux usées. L'ouvrage doit rester accessible en tout temps, ce qui interdit de l'enterrer sous une construction ou une surface en dur.
Une villa à Vernier, poste par poste
Une villa de 1979 fait l'objet d'une extension et d'un réaménagement extérieur, avec une demande d'autorisation déposée en 2026. Après travaux, les surfaces imperméabilisées raccordées totalisent 230 mètres carrés, dont 140 de toiture, pour une surface réduite retenue de 210 mètres carrés. La composante pluviale de la taxe unique de raccordement s'établit à 5 250 francs au tarif en vigueur.
| Poste | Variante A : cuve seule | Variante B : cuve et noue d'infiltration |
|---|---|---|
| Cuve enterrée 6 000 litres, filtre, trop-plein | 6 800 francs | 6 800 francs |
| Terrassement, lit de pose, remblayage | 3 100 francs | 3 100 francs |
| Pompe, gestionnaire, appoint par disconnexion | 1 600 francs | 1 600 francs |
| Réseau intérieur séparé et marquage | 900 francs | 900 francs |
| Noue plantée sur le trop-plein, 12 m² | aucune | 3 000 francs |
| Sous-total travaux | 12 400 francs | 15 400 francs |
| Taxe de raccordement, composante pluviale | 5 250 francs | 525 francs après abattement de 90 % |
| Coût net la première année | 17 650 francs | 15 925 francs |
| Économie annuelle sur la facture d'eau | environ 130 francs | environ 130 francs |
La variante B coûte 3 000 francs de plus en travaux, le prix de la noue, mais elle revient moins cher dès la fin de la première année : la réduction de taxe qu'elle obtient atteint 4 725 francs (voir le tableau). Le trop-plein de la cuve, au lieu de repartir au collecteur, alimente une dépression plantée où l'eau s'infiltre à travers la terre végétale. La cuve fournit l'eau pour l'arrosage et les chasses d'eau ; c'est la noue qui donne droit à la réduction de taxe.
Les subventions ne changent pas ce résultat. Lausanne accorde un montant « limité au coût de l'installation », plafonné à 500 francs par propriétaire et réservé aux réservoirs de 150 à 500 litres et « à l'exclusion d'un usage domestique de ces eaux », le tout financé par le Fonds pour le développement durable jusqu'à 50 000 francs par an. Yvorne participe à hauteur de 20 % du prix d'achat, plafonnés eux aussi à 500 francs, « uniquement pour les nouvelles installations enterrées » d'au moins 2 000 litres, sur demande déposée dans les six mois suivant l'acquisition. Ces aides correspondent au prix d'un simple récupérateur de jardin ; elles ne financent pas une cuve enterrée. Une motion du conseiller national Benjamin Roduit demande à la Confédération de soutenir la récupération d'eau de pluie, sans effet à ce jour.
L'entretien représente ensuite un coût annuel. Fribourg impose un contrôle des ouvrages de rétention au minimum tous les six mois ainsi qu'après les gros événements pluvieux, et la vidange des dépotoirs au moins une fois par an par une entreprise spécialisée. Lausanne subordonne le maintien de l'abattement à une preuve du bon fonctionnement fournie tous les cinq ans, et supprime la réduction en cas de dysfonctionnement. Comptez 250 à 400 francs par an de vidange, de contrôle de filtre et de consommation électrique de la pompe.
Sept vérifications avant de commander votre installation de récupération d'eau de pluie
Ces sept points se vérifient avant de demander un premier devis de cuve. Ils déterminent le volume, l'emplacement et le coût net de l'installation.
- Demander à la commune l'extrait du plan général d'évacuation des eaux pour la parcelle : zone d'infiltration ou de rétention, coefficient de ruissellement prescrit, débit spécifique régulé admis.
- Faire calculer le volume de rétention imposé avant de choisir le volume de la cuve, et vérifier si le projet passe sous ou au-dessus des seuils de 3 et 15 mètres cubes.
- Télécharger le règlement communal des taxes d'évacuation et sa directive d'application, et relever le tarif au mètre carré ainsi que la liste des abattements réellement tarifés.
- Mesurer sur plan les surfaces imperméabilisées raccordées, toiture, terrasse, accès et places, puisque la taxe se calcule sur cette addition et non sur la surface bâtie.
- Vérifier la faisabilité de l'infiltration : carte des potentiels du plan communal, essai d'infiltration, distance aux zones de protection S2 et aux sites pollués.
- Annoncer l'installation au distributeur d'eau et prévoir la disconnexion totale par surverse pour l'appoint, le marquage des conduites et l'identification des points de puisage.
- Demander par écrit à la commune le contrôle qui déclenche la réduction de taxe, une fois l'ouvrage réalisé, car cette réduction n'est jamais rétroactive.
Un dernier point de méthode : la surface prise en compte pour la taxe est celle qui est raccordée au réseau public, et non la surface totale des toits et des sols imperméables. Envoyer une descente de toiture vers une noue, au lieu de la raccorder au réseau, réduit donc davantage la taxe qu'une cuve dont le trop-plein rejoint le collecteur.
Pour dimensionner une installation de récupération d'eau de pluie en Suisse, il faut procéder dans un autre ordre que celui des catalogues de fournisseurs : d'abord le plan communal d'évacuation des eaux, puis le tarif de la taxe au mètre carré imperméabilisé, et seulement ensuite le volume de la cuve. Sur une villa genevoise courante, la réduction de taxe représente près de 5 000 francs, économisés une seule fois, alors que la facture d'eau baisse d'environ 130 francs par année.
Nous intégrons ce calcul au dossier de permis, au moment où le projet fixe les surfaces et où le montant de la taxe peut encore être influencé. Pour faire vérifier le volume de rétention exigé sur votre parcelle et le tarif applicable dans votre commune, écrivez-nous.