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Servitudes en Suisse : impact sur un projet de construction, coûts par canton et moyens de les faire supprimer

Une servitude est une charge inscrite au registre foncier au profit d'un voisin. Le canton de Genève en compte près de trois par parcelle, et l'administration qui délivre un permis de construire ne les examine pas.

Croquis : une villa suisse en cours de surélévation sous échafaudage, une conduite enterrée traversant le jardin et un chemin d'accès longeant la parcelle vers le portail du voisin
Croquis d'illustration

Le canton de Genève compte 73 099 parcelles cadastrales et 198 548 servitudes reportées sur le plan du registre foncier, soit près de trois par parcelle. En Suisse, une servitude est un droit privé inscrit sur la propriété d'autrui, et l'administration qui délivre une autorisation de construire ne la vérifie pas. À Genève, l'article 3 alinéa 6 de la loi sur les constructions et les installations diverses réserve expressément les droits des tiers. Un propriétaire ne peut donc pas se retrancher derrière son permis pour écarter la servitude de son voisin.

Vérifier les servitudes revient donc au propriétaire, et la facture change du tout au tout selon le moment où il le fait. Un extrait du registre foncier coûte 20 francs à Fribourg et 50 francs à Genève. Une action en suppression de servitude devant le juge civil dure environ trois ans et coûte 5 000 francs de frais judiciaires pour la seule dernière instance, devant le Tribunal fédéral. Cet article décrit comment repérer les servitudes d'une parcelle, quel est leur impact sur un projet de construction en Suisse romande, et par quelles voies les faire lever à Genève, dans le canton de Vaud et à Fribourg.

La servitude foncière en droit suisse : une charge inscrite au registre foncier qui survit aux ventes

Une servitude foncière est une charge imposée sur un immeuble en faveur d'un autre immeuble (art. 730 al. 1 CC). La parcelle qui subit la charge s'appelle le fonds servant, celle qui en profite le fonds dominant, et la bande de terrain sur laquelle la servitude s'exerce, son emprise. Le propriétaire du fonds servant doit tolérer certains usages, par exemple le passage d'un véhicule, ou renoncer lui-même à certains droits, par exemple celui de bâtir au-delà d'une hauteur donnée. La charge passe automatiquement à chaque nouvel acquéreur des deux parcelles.

L'inscription au registre foncier est nécessaire à la constitution de la servitude (art. 731 al. 1 CC), et l'acte constitutif doit être passé en la forme authentique, devant notaire (art. 732 al. 1 CC). Sans inscription, il n'existe pas de droit réel (art. 971 al. 1 CC). En contrepartie, un acheteur qui n'a pas lu l'extrait est réputé connaître les inscriptions qu'il contient (art. 970 al. 4 CC).

Une servitude ne se périme pas. Le droit suisse connaît deux sorties : la radiation de l'inscription (art. 734 CC) et la libération prononcée par un juge civil (art. 736 CC). Le non-usage prolongé ne suffit pas, et il constitue au mieux un indice d'absence d'utilité. La confusion vient souvent du droit français, qui éteint une servitude après trente ans de non-usage. Cette règle n'existe pas en Suisse, et nous voyons régulièrement des acquéreurs l'appliquer par réflexe à un droit de passage tombé en désuétude depuis les années 1970.

Le libellé porté au registre foncier tient souvent en quelques mots. L'article 738 al. 1 CC fait de ce libellé la règle applicable, à condition que le texte inscrit désigne clairement les droits et les obligations. Dès que le libellé est ambigu, l'étendue de la servitude se précise par les circonstances de sa création, ou par la manière dont elle a été exercée pendant longtemps, paisiblement et de bonne foi (art. 738 al. 2 CC). L'acte notarié d'origine, conservé par le registre foncier parmi les pièces justificatives, détermine donc l'étendue réelle de la charge, davantage que les quelques mots affichés sur l'extrait.

Depuis le 1er janvier 2012, une servitude qui ne s'exerce que sur une partie de l'immeuble doit être dessinée sur un extrait de plan du registre foncier, lorsque l'acte constitutif ne décrit pas cet emplacement avec assez de précision (art. 732 al. 2 CC). Les servitudes antérieures échappent à cette obligation, et beaucoup de droits de passage du siècle dernier n'ont aucune emprise dessinée. Lorsqu'une parcelle est divisée, la servitude subsiste par défaut sur toutes les nouvelles parcelles (art. 743 al. 1 CC). Le registre foncier la radie sur les parcelles qu'elle ne concerne plus, opération appelée épuration (art. 743 al. 2 CC).

Quatre familles de servitudes et leur impact sur un projet de construction

Quatre familles couvrent plus de 95 % des servitudes inscrites en Suisse romande : l'usage, la canalisation, le passage et la restriction de bâtir. Chacune pèse différemment sur un projet. Seule la restriction de bâtir limite ce qui peut être construit sur l'ensemble de la parcelle ; les trois autres interdisent de bâtir sur la bande de terrain qu'elles occupent.

Le canton de Genève publie ses servitudes cartographiées dans une couche ouverte de son système d'information du territoire. Au 18 septembre 2026, elle contient 198 548 objets pour 73 099 parcelles cadastrales.

Classe de servitudeNombrePartEffet courant sur un projet
Usage97 15048,9 %Accès, stationnement, jouissance d'une cour ; contraint l'implantation
Canalisation49 77825,1 %Conduite d'eau, d'égout ou d'électricité ; interdit de bâtir sur l'emprise
Passage20 97410,6 %Chemin à pied ou pour véhicules ; fige un accès et son gabarit
Restriction de construire20 75610,5 %Hauteur, nombre d'étages, interdiction de bâtir ; bloque un projet
Exploitation3 6941,9 %Puits, sources, installations techniques
Plantation et clôture3 5461,8 %Haies, arbres, murs de clôture
Autres classes2 6501,3 %Zones en droit, charges foncières, règlements de quartier
Servitudes cartographiées au registre foncier du canton de Genève, couche publique des servitudes du système d'information du territoire, relevé du 18 septembre 2026.

L'usage et la canalisation représentent à eux deux près des trois quarts des inscriptions. Aucune des deux n'interdit de construire sur l'ensemble de la parcelle, et toutes deux interdisent de construire sur leur emprise. Une conduite d'égout communale qui traverse un jardin en diagonale oblige souvent à renoncer à une extension, à déplacer une piscine ou à abandonner un projet de sous-sol.

Une conduite visible crée le droit de conduite dès sa pose, sans aucune inscription au registre foncier (art. 676 al. 3 CC). L'article 691 al. 3 CC rend par ailleurs le droit de conduite opposable à un acquéreur de bonne foi même en l'absence d'inscription. Un extrait du registre foncier vierge de toute canalisation ne garantit donc rien, et il faut demander en parallèle les plans des réseaux à la commune et aux services industriels.

L'entretien d'un chemin grevé d'un droit de passage obéit à une règle précise. Les ouvrages nécessaires à l'exercice de la servitude sont entretenus par le propriétaire du fonds dominant (art. 741 al. 1 CC). Si ces ouvrages servent aussi au propriétaire du fonds servant, les frais se partagent entre les deux parties en proportion de leur intérêt (art. 741 al. 2 CC). Une convention qui déroge à ce principe n'oblige l'acquéreur que si elle résulte des pièces justificatives du registre foncier.

Deux notions proches se distinguent de la servitude ordinaire. Un balcon ou un mur qui déborde sur le terrain voisin peut être inscrit comme servitude d'empiétement (art. 674 al. 2 CC). Le droit de superficie, lui aussi une servitude, permet de construire sur le terrain d'autrui en restant propriétaire du bâtiment (art. 779 al. 1 CC), et il impose à tout acquéreur les clauses qui fixent le volume et la destination des constructions (art. 779b al. 1 CC).

Pourquoi une autorisation de construire ne protège pas contre une servitude

Dans la plupart des cantons suisses, la procédure d'autorisation de construire et la procédure civile sont entièrement séparées. L'opposition administrative ne peut porter que sur une violation du droit public, et le permis délivré peut donc autoriser une construction contraire à une servitude inscrite au registre foncier.

À Genève, la loi le dit explicitement. L'article 3 al. 6 LCI réserve les dispositions légales et réglementaires fédérales, cantonales et communales ainsi que les droits des tiers, et précise qu'aucune autorisation ne peut leur être opposée. Le département instruit le dossier au regard du règlement de zone, des gabarits et des distances. Il ne consulte aucun acte de servitude.

Le bénéficiaire de la servitude peut saisir le juge civil qu'il ait fait opposition ou non au projet, et même une fois l'autorisation de construire entrée en force. Les deux procédures sont indépendantes et peuvent aboutir à des résultats opposés.

Un arrêt du Tribunal fédéral du 8 novembre 2024, destiné à la publication, en donne un exemple net (5A_85/2024). Une servitude créée par contrat en 1971 limitait la construction à un seul étage sur la parcelle concernée. L'autorité avait pourtant délivré un permis pour une maison familiale double de trois niveaux, et elle avait renvoyé le voisin au juge civil pour ses griefs de droit privé. Le Tribunal fédéral a interdit la construction, parce qu'il a compté trois étages habités. Le sous-sol émergeait entièrement de la pente, sa façade était vitrée sur toute la hauteur et il abritait une chambre, une salle de bains et un bureau. Les combles mesuraient 147,03 m2, soit environ 70 % du rez-de-chaussée qui en comptait 217,96 m2, et recevaient eux aussi des fenêtres panoramiques.

Les juges ont écarté au passage l'argument de la densification. Selon le considérant 5.4 de cet arrêt, ni un plan d'aménagement, ni l'évolution générale du droit public de la construction, ni l'intérêt public à une densification des constructions ne peuvent rendre sans effet une restriction de droit privé existante. Dans ce dossier, une servitude de 1971 a prévalu sur un règlement communal en vigueur en 2024.

Le voisin qui découvre un chantier peut demander des mesures provisionnelles. Le tribunal les ordonne s'il rend vraisemblable que son droit fait l'objet d'une atteinte et que cette atteinte risque de lui causer un préjudice difficilement réparable (art. 261 al. 1 CPC). Il peut prononcer une interdiction ou ordonner la cessation de l'état de fait illicite (art. 262 let. a et b CPC), et statuer immédiatement sans entendre le constructeur en cas d'urgence particulière (art. 265 al. 1 CPC).

Ces mesures ne sont pas automatiques. Dans une affaire genevoise jugée le 20 novembre 2019 (5A_453/2019), une servitude perpétuelle de restriction du droit de bâtir limitait un terrain triangulaire à du mobilier urbain, des plantations, une fontaine et un kiosque de cinq mètres au maximum. Neuf conteneurs de chantier sur deux niveaux et un réservoir à ciment de dix mètres y avaient été installés. Les juges ont refusé les mesures provisionnelles, au motif que des installations mobilières provisoires ne tombent pas sous une interdiction de bâtir, et les recourants ont supporté 5 000 francs de frais judiciaires. Celui qui obtient des mesures provisionnelles injustifiées répond du dommage qu'elles causent au constructeur (art. 264 al. 2 CPC).

Servitudes et construction à Genève, dans le canton de Vaud et à Fribourg

Les trois cantons traitent les servitudes de façon très différente au stade du permis. Genève subordonne certaines autorisations à une inscription au registre foncier, le canton de Vaud exige que les servitudes figurent sur le plan de situation, et Fribourg les laisse hors du dossier de demande.

Genève : une autorisation conditionnée à l'extrait du registre foncier

Deux voisins genevois peuvent régler entre eux les distances aux limites de propriété, sans déplacer la limite entre leurs parcelles. Leur accord doit alors faire l'objet d'une servitude inscrite au registre foncier (art. 46 al. 1 LCI). L'alinéa 2 va plus loin : l'autorisation de construire est subordonnée à la remise d'un extrait du registre foncier attestant que cette inscription a été opérée. Le même mécanisme s'applique en cinquième zone, la zone des villas (art. 71 LCI).

Genève se distingue aussi par la publication de ses données. Sa couche cartographique des servitudes est ouverte à tous, mise à jour quotidiennement, avec une précision annoncée de 70 centimètres.

Beaucoup de servitudes genevoises de restriction de bâtir protègent la vue droite du voisin. Le droit genevois exige devant la fenêtre de chaque pièce habitable un champ de vue libre, mesuré perpendiculairement à la façade sur quatre mètres au moins (art. 47 et 48 al. 2 LCI). Une construction qui coupe ce champ rend la pièce voisine non conforme, et le département doit refuser le permis.

Canton de Vaud : les servitudes obligatoires sur le plan de situation

Le plan de situation joint à toute demande de permis doit porter l'indication des limites de construction, des limites de zones, de l'affectation réglementaire et des servitudes (art. 69 al. 1 ch. 1 let. d RLATC, teneur en vigueur depuis le 1er août 2023). L'obligation vaut pour une construction neuve comme pour un agrandissement, une surélévation, une transformation d'immeuble ou un changement de destination.

Ce canton ouvre en outre une voie administrative rare. Selon l'article 51 LATC, la Municipalité peut décider la libération ou le transfert d'une servitude dans deux situations : quand elle contredit une prescription impérative de construction, et quand elle fait obstacle à une utilisation rationnelle du sol dans l'intérêt public. Il faut encore que le propriétaire du fonds dominant n'ait pas d'intérêt suffisant à la maintenir. La loi vaudoise du 25 novembre 1974 sur l'expropriation s'applique, et le propriétaire du fonds servant verse une contribution correspondant à l'avantage qu'il retire.

Fribourg : le report d'indice et le remaniement parcellaire

Le dossier de permis fribourgeois n'impose pas le report des servitudes sur le plan de situation. Deux mécanismes cantonaux méritent toutefois un contrôle. Le report d'indice d'utilisation du sol d'une parcelle sur une parcelle contiguë s'opère par une mention au registre foncier, qui ne peut être supprimée qu'avec l'accord du préfet, sur préavis communal (art. 131 al. 1 LATeC) ; l'indice acquis et l'indice reporté doivent être indiqués dans toute demande de permis (art. 131 al. 2 LATeC). Une parcelle fribourgeoise peut donc avoir déjà cédé sa capacité constructible au voisin.

Dans un remaniement parcellaire, la commission de classification peut supprimer ou modifier les servitudes et les charges foncières dans la mesure exigée par les besoins du remaniement ou de l'équipement, et en créer de nouvelles (art. 41 al. 4 ReLATeC). Les propriétaires fribourgeois peuvent enfin convenir par écrit de déroger aux prescriptions sur les distances par rapport aux limites de leurs fonds (art. 133 al. 1 LATeC). Les versions en vigueur de la LATeC et de son règlement d'exécution sont valables jusqu'à l'automne 2026. Une révision est annoncée, et ces trois articles seront à contrôler à nouveau après son entrée en vigueur.

Repérer les servitudes d'une parcelle : démarches et tarifs dans les trois cantons

Toute personne peut obtenir du registre foncier les servitudes et les charges foncières inscrites sur un immeuble déterminé, sans être tenue de rendre vraisemblable un intérêt (art. 26 al. 1 let. b et al. 2 ORF). La demande passe par le guichet ou par un courrier, puisque la mise en ligne reste limitée aux données du propriétaire et de la parcelle (art. 27 al. 1 ORF).

Le registre foncier se compose de deux ensembles, et la démarche change selon celui que l'on demande. Le grand livre contient les inscriptions elles-mêmes : le libellé de la servitude, sa date et les parcelles concernées. Les pièces justificatives regroupent les documents qui ont fondé ces inscriptions, soit l'acte notarié, le plan de l'emprise et les conventions d'entretien. Le registre foncier en délivre aussi des extraits (art. 31 al. 5 ORF), mais leur consultation suppose un intérêt rendu vraisemblable (art. 970 al. 1 CC). Un propriétaire, un acheteur sous promesse de vente et le notaire mandaté remplissent cette condition.

PosteGenèveCanton de VaudFribourg
Extrait ou attestation du registre foncier50 francs (art. 8 REmORFDIT)Prix fixé par le département (art. 5 al. 2 RE-RF)20 francs pour un immeuble, 10 francs par immeuble supplémentaire (art. 2 ch. 5 du tarif)
Recherche avec un collaborateur50 francs par quart d'heure entamé (art. 7 REmORFDIT)20 francs par quart d'heure, minimum 20 francs (art. 5 al. 1 let. a RE-RF)10 francs par quart d'heure au-delà de quinze minutes (art. 2 ch. 1 du tarif)
Inscription ou radiation totale d'une servitude255 francs (art. 5 let. a REmORFDIT)100 francs (art. 4 al. 1 RE-RF)50 francs, plus 5 francs par immeuble concerné (art. 2 ch. 10 du tarif)
Acte notarié constitutif ou modificatif500 francs de base, plus 100 francs par droit créé ou modifié (art. 17 REmNot)Tarif notarial cantonal, honoraires en susTarif notarial cantonal, honoraires en sus
Consultation cartographique des servitudesCouche publique, gratuiteNon publiéeExtrait de la base de données cantonale, 3,50 francs (art. 2 ch. 18 du tarif)
Émoluments du registre foncier et du notariat, textes en vigueur au 18 septembre 2026. Les honoraires d'avocat et les droits cantonaux éventuels ne sont pas compris.

Les émoluments varient d'un facteur cinq entre les trois cantons. L'inscription d'une servitude coûte 255 francs à Genève, 100 francs dans le canton de Vaud et 50 francs à Fribourg. Ces montants pèsent peu à côté des honoraires de notaire et de l'indemnité versée au bénéficiaire de la servitude, qui se comptent en milliers de francs.

Le canton de Genève est le seul des trois à cartographier ses servitudes publiquement, et cette carte demande de la prudence. Sur les 198 548 objets de la couche, 111 449 portent la mention validé, 81 828 la mention non contrôlé et 5 271 la mention en traitement. Quatre emprises sur dix n'ont donc jamais été vérifiées. Nous utilisons cette carte pour repérer les emprises avant la première visite, puis nous commandons l'extrait du registre foncier et l'acte constitutif avant de dessiner.

Faire lever une servitude : négociation, radiation judiciaire et voies administratives

Quatre voies permettent de lever ou de contourner une servitude : l'accord du bénéficiaire devant notaire, le déplacement de l'emprise, la libération judiciaire de l'article 736 CC, et une décision administrative dans le canton de Vaud comme à Fribourg. La première reste de loin la plus rapide et la moins coûteuse.

VoieBase légaleQui décideOrdre de grandeur
Accord du bénéficiaire, acte notariéart. 732 al. 1 CCLe bénéficiaire de la servitudeQuelques semaines ; environ 900 francs d'émoluments à Genève, plus l'indemnité négociée
Déplacement de l'empriseart. 742 al. 1 et 2 CCAccord des parties ou juge civilFrais à la charge du propriétaire grevé
Radiation pour perte d'utilitéart. 736 al. 1 et 2 CCJuge civil, trois instances possibles3 ans et 4 mois dans l'arrêt 5A_63/2024 ; 5 000 francs de frais au Tribunal fédéral
Libération ou transfert par la communeart. 51 LATC (canton de Vaud)La MunicipalitéContribution du fonds servant à hauteur de l'avantage retiré
Suppression dans un remaniementart. 41 al. 4 ReLATeC (Fribourg)Commission de classification du syndicatIntégrée aux frais du remaniement
Voies de sortie d'une servitude foncière en Suisse romande.

L'accord amiable suppose un acte authentique (art. 732 al. 1 CC) puis une réquisition au registre foncier. À Genève, le notaire perçoit 500 francs de base et 100 francs par droit modifié (art. 17 REmNot), et le registre foncier 255 francs (art. 5 let. a REmORFDIT). L'indemnité versée au bénéficiaire ne suit aucun barème : elle se négocie, et elle reflète la plus-value que la suppression de la servitude apporte au fonds servant. Nous préparons ces discussions avec un avant-projet chiffré et un plan de la nouvelle emprise.

Le déplacement de l'emprise constitue souvent une solution plus simple que la suppression. Lorsque la servitude ne s'exerce que sur une partie du fonds servant, le propriétaire grevé peut exiger qu'elle soit transportée dans un autre endroit, à ses frais, s'il y a intérêt et si elle ne s'y exercerait pas moins commodément (art. 742 al. 1 CC). Cette faculté existe même lorsque l'assiette primitive figure au registre foncier (art. 742 al. 2 CC). Décaler de six mètres le tracé d'un droit de passage libère parfois exactement la surface dont un projet de densification a besoin.

La libération judiciaire est la voie la plus longue. L'article 736 al. 1 CC permet d'exiger la radiation d'une servitude qui a perdu toute utilité pour le fonds dominant, et l'alinéa 2 ouvre une libération totale ou partielle lorsque l'utilité résiduelle est hors de proportion avec les charges imposées. Le Tribunal fédéral applique ces conditions strictement. Dans un arrêt neuchâtelois du 23 janvier 2025 (5A_63/2024), une servitude issue d'une convention du 21 mars 1955 limitait une parcelle à un pavillon d'habitation de 59,5 m2 au sol, avec une toiture de 76,6 m2 au maximum et une hauteur totale de 2,81 mètres. Le propriétaire a demandé la radiation le 30 septembre 2021. Le tribunal civil a rejeté la demande le 15 août 2023. La Cour d'appel civile a rejeté l'appel le 11 décembre 2023, et le Tribunal fédéral a rejeté le recours le 23 janvier 2025.

Les juges ont retenu que la servitude préservait une trouée de vue entre les bâtiments voisins, et que cette utilité avait gagné en importance précisément parce que les parcelles alentour avaient été construites. Le raisonnement vaut pour tout propriétaire qui espère que la densification fera disparaître une charge ancienne. Les juges ont ajouté qu'une vue devenue étroite garde son utilité pour le fonds dominant. La procédure a duré trois ans et quatre mois, les frais judiciaires du Tribunal fédéral se sont élevés à 5 000 francs, et la servitude de 1955 est toujours inscrite au registre foncier.

La voie vaudoise de l'article 51 LATC suppose un intérêt public : une densification conforme au plan d'affectation, un équipement collectif, un accès. Nous la préparons avec la commune plusieurs mois avant le dépôt du dossier de permis.

Une surélévation à Nyon bloquée par une servitude de 1958 : le coût des deux scénarios

Commander l'extrait et une demi-heure de recherche au registre foncier vaudois coûte 40 francs. Découvrir la même servitude après le dépôt du dossier fait monter la facture au-delà de 20 000 francs. Le cas qui suit est un cas type de l'arc lémanique.

Une villa de 1962 occupe une parcelle de 912 m2 à Nyon. Les propriétaires veulent surélever d'un niveau et ajouter une extension de 35 m2. Le règlement communal autorise une hauteur de 9,50 mètres à la corniche. Une servitude de 1958, inscrite en faveur de la parcelle amont, interdit toute construction dépassant 7 mètres au-dessus du niveau de la route. Le libellé au registre foncier tient en une phrase, et l'acte constitutif précise le point de mesure.

PosteVérification avant l'esquisseDécouverte après le dépôtRéférence
Extrait et recherche au registre foncier40 francs40 francsart. 5 al. 1 let. a RE-RF
Avant-projet et dossier de permisIntégré à la mission6 000 à 12 000 francs à refaireHonoraires d'architecte
Conseil juridique et négociationAucun4 000 à 10 000 francsHonoraires d'avocat
Indemnité au bénéficiaireRéduite, le projet étant adaptéNégociée, sans barèmeNégociation privée
Acte notarié et inscription100 francs si une modification est utile100 francsart. 4 al. 1 RE-RF
Procédure civile si l'accord échoueAucune5 000 francs de frais au Tribunal fédéralTF 5A_63/2024
Décalage du chantierAucun8 à 18 moisCalendrier vaudois de permis
Cas type, arc lémanique 2026. Les émoluments et les frais judiciaires proviennent des textes cités ; les honoraires et les délais sont des ordres de grandeur du marché romand.

Dans le premier scénario, l'architecte connaît la limite de 7 mètres avant de poser le premier trait. Il dessine un demi-niveau en toiture, reporte les pièces manquantes sur l'extension au sol, et le dossier part à l'enquête publique dans le calendrier prévu. Le projet ne coûte rien de plus, parce que la limite de 7 mètres a été intégrée dès la première esquisse.

Sans cette vérification, le voisin amont reçoit l'avis d'enquête, lit sa propre servitude et écrit au propriétaire. Le projet est conforme au règlement communal et l'autorisation sera probablement délivrée, mais elle ne met pas les propriétaires à l'abri d'une action civile. Reste alors la négociation, puis l'adaptation du projet, puis un nouveau dépôt. Dans le district de Nyon, commander l'extrait et l'acte constitutif au registre foncier prend une demi-journée, soit le temps qui aurait évité cette reprise du projet.

L'affaire 5A_85/2024 montre un cas plus lourd. Le permis était délivré, le projet conforme au règlement communal, et le juge civil a interdit la construction près de trois ans après le dépôt de l'action. Un maître d'ouvrage qui aurait démarré les travaux entre-temps aurait dû démolir ce qu'il avait déjà construit.

Vérifier les servitudes avant de dessiner : la marche à suivre en huit étapes

La vérification complète tient en huit étapes. L'extrait, la recherche au guichet et la copie des actes constitutifs coûtent ensemble moins de 150 francs dans les trois cantons romands. Nous la conduisons au début de chaque mission d'avant-projet, avant le relevé du bâtiment existant.

  • 1. Commander l'extrait du registre foncier de la parcelle, rubrique des servitudes et des charges foncières (art. 26 al. 1 let. b ORF). Comptez 20 francs à Fribourg et 50 francs à Genève.
  • 2. Relever chaque inscription : mot-clé, date, fonds dominant, fonds servant et référence de la pièce justificative.
  • 3. Demander l'acte constitutif et le plan de chaque servitude qui touche la zone du projet (art. 31 al. 5 ORF). Le libellé de l'extrait ne suffit pas à cadrer l'emprise.
  • 4. Reporter les emprises sur le plan de situation. Dans le canton de Vaud, ce report conditionne la recevabilité du dossier de permis (art. 69 al. 1 ch. 1 let. d RLATC).
  • 5. À Genève, croiser avec la couche cartographique publique des servitudes, en tenant compte du fait que quatre emprises sur dix n'y sont pas contrôlées.
  • 6. Demander à la commune et aux services industriels les plans des réseaux, puisqu'une conduite apparente crée une servitude sans inscription (art. 676 al. 3 CC).
  • 7. À Fribourg, vérifier l'existence d'une mention de report d'indice qui aurait déjà transféré la capacité constructible de la parcelle (art. 131 al. 1 LATeC).
  • 8. Choisir, pour chaque servitude gênante, la voie de sortie réaliste : accord notarié, déplacement de l'emprise (art. 742 CC), radiation judiciaire (art. 736 CC) ou démarche communale (art. 51 LATC).

Ces huit étapes se placent avant la première esquisse. Un propriétaire qui attend le dépôt a déjà payé un avant-projet qu'il devra peut-être refaire, et le voisin qui se manifeste pendant l'enquête publique négocie en position de force.

Dans le canton de Genève, le registre foncier a relevé près de trois emprises de servitude par parcelle. Peu de terrains romands sont libres de toute charge privée. L'autorisation de construire ne mentionne aucune servitude, puisqu'elle réserve les droits des tiers sans les examiner. La vérification complète coûte moins de 150 francs d'émoluments et une demi-journée de lecture. Une découverte tardive oblige à refaire l'avant-projet, à négocier avec le bénéficiaire, et parfois à porter l'affaire devant trois instances judiciaires pendant plus de trois ans.

Nous intégrons cette vérification au début de chaque mission d'avant-projet, à Genève, dans le canton de Vaud et à Fribourg. Pour faire examiner les servitudes de votre parcelle avant de lancer une étude, écrivez-nous.

Article publié le 18 septembre 2026. Les émoluments, les tarifs et les références légales cités sont ceux en vigueur à cette date.

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