Habiter le paysage_ 19 maisons en bande

“Il était une fois un village que tout le monde traversait sans s'arrêter.”


Contexte
Sur la route qui relie Figari à Porto-Vecchio, les voitures passent vite. Trop vite. Elles longent une montagne de granit, frôlent des chênes-lièges centenaires, effleurent des maisons en pierre qui semblent endormies. C'est Ceccia, un hameau corse d'une beauté rare, discret, presque secret. Mais derrière ce silence, il y a une réalité plus dure. Les anciens jardins ne sont plus entretenus. Des maisons ferment leurs volets, une à une. La placette du village autrefois lieu de vie, de rencontre, de discussions qui n'en finissent pas est devenue un dépôt à poubelles. Et les jeunes ? Ils sont partis. Ceccia vieillit... Ce n'est pas une histoire unique à Ceccia. C'est la tragédie silencieuse de dizaines de villages corses : trop beaux pour être oubliés, trop fragiles pour survivre sans intervention. Les 180 habitants qui restent à l'année sont de plus en plus âgés, de moins en moins mobiles. Et les jeunes actifs de Porto-Vecchio, eux, cherchent désespérément un logement sans en trouver. Il y a quelque chose de profondément injuste dans cette situation. D'un côté, un village avec des terrains, du patrimoine, un cadre de vie exceptionnel. De l'autre, des familles et des jeunes qui n'ont nulle part où s'installer. Deux réalités qui n'arrivent pas à se rencontrer.
Problématique
Quand nous avons marché dans ce village pour la première fois, nous n'avons pas vu un lieu abandonné. Nous avons vu un lieu en suspens. Les rochers sont là, puissants, sculptés par des millénaires. Les arbres aussi oliviers, chênes-lièges, pins maritimes qui filtrent la lumière et font de l'ombre aux pierres. Et quelque part entre tout ça, des maisons paysannes en granit qui tiennent encore debout, fières de leur passé. La question qui s'est alors imposée à nous était simple, presque évidente : comment construire ici sans trahir tout ça ? Comment amener de la vie sans effacer la beauté ? Comment faire venir les jeunes sans chasser l'âme du lieu ?
Question clé
Comment concevoir des maisons dans un paysage naturel corse ?

Solution
Nous avons décidé d'écouter le site avant de dessiner quoi que ce soit. C'est ainsi qu'est née notre stratégie : construire en strates, comme la montagne elle-même se construit par couches, par niveaux, par terrasses. D'abord, un front de commerces le long de la route : une épicerie, une boulangerie, une permanence médicale. Ces commerces ne sont pas seulement utiles. Ils forment un rempart. Ils absorbent le bruit de la départementale et protègent, derrière eux, un espace de vie apaisé. Et c'est là, à l'abri du bruit et du regard, que les maisons prennent place. Des maisons en granit et en bois, qui s'encastrent dans la pente comme si elles avaient toujours été là. On entre par le bas, par la cuisine, on monte quelques marches, et soudain le séjour s'ouvre en double hauteur sur la montagne. Une terrasse exposée au Sud. Un jardin protégé par un mur-pignon en granit qui traverse l'espace de part en part exactement comme dans les vieilles maisons corses d'à côté.




Description
Des maisons qui s'adaptent à ceux qui les habitent. Les familles ne se ressemblent pas. Un jeune couple, une colocation, une famille recomposée, un parent solo avec ses enfants chacun a ses besoins, ses envies, sa façon de vivre. C'est pourquoi ces maisons ont été pensées pour être flexibles. Une structure en bois entre deux murs en granit permet de modifier les espaces dans le temps, d'ouvrir ou de fermer, d'agrandir ou de simplifier. La terrasse du haut peut devenir une chambre. Le garage, un atelier. La maison grandit avec vous.



Et entre les maisons, la vie collective reprend ses droits. Une placette végétalisée, des chemins en escaliers qui traversent le site, des passages entre les niveaux. Ce n'est pas un lotissement. C'est un morceau de village avec ses ruelles, ses coins d'ombre, ses voisins qu'on croise le matin.








Localisation
Annecy, France